L’épidémie de coronavirus, défi sanitaire et politique pour les autorités chinoises

L’épidémie de coronavirus, défi sanitaire et politique pour les autorités chinoises

Diass-Infos : Des dizaines de millions de personnes assignées à résidence, l’armée déployée en renfort, des hôpitaux d’urgence construits en dix jours… La Chine montre les muscles pour combattre l’épidémie de coronavirus qui a déjà fait plus de 130 morts sur son territoire et s’est étendue à une quinzaine de pays dans le monde. Juguler la maladie est une question d’honneur pour Pékin qui joue aussi sa crédibilité politique dans la gestion de cette crise.


S’il y a une mesure pour illustrer le défi auquel la Chine fait face, c’est cette opération radicale et inédite : le confinement d’une province entière dans le centre du pays, le Hubei et sa capitale, Wuhan, foyer de l’épidémie, sont coupés du monde depuis une semaine. Soit près de 60 millions de personnes immobilisées pour éviter la propagation du virus. Fallait-il aller aussi loin ? Oui, c’était inévitable, selon le professeur Jacky Mathonnat, économiste à l’Université d’Auvergne, qui collabore régulièrement avec le ministère chinois de la Santé. « Les risques sont considérables et les mesures de confinement vont dans le bon sens. Pour éviter d’éventuels mouvements de population et limiter les transports, puisque l’épidémie intervient au moment du Nouvel An chinois qui est la grande période de transhumance en Chine. Pour juguler les retours, ça me semble tout à fait justifié. Ce qu’il faut absolument éviter, c’est les grands mouvements de foule, que les gens essaient massivement de sortir du périmètre dans les zones qui sont touchées », explique-t-il.

Beaucoup d’inconnues

La mise en quarantaine, c’est un premier pas, mais la suite reste floue. Comment le virus se transmet-il ? Va-t-il muter ? Dans quelles conditions ? Pour l’instant, l’épidémie va plus vite que les scientifiques, et s’il n’y a pas eu de cas mortels en dehors de la Chine, des contaminations ont été répertoriées dans près d’une quinzaine de pays, dont la France, le Japon, la Thaïlande, le Sri Lanka, l’Allemagne ou les États-Unis. Berlin et Washington déconseillent même désormais à leurs ressortissants de mettre le pied en Chine. Logique, car il y a encore trop d’inconnues pour rassurer la communauté internationale, souligne Jacky Mathonnat. « On ignore la capacité potentielle de transmission d’un malade infecté à combien d’autres individus, et la période d’incubation est de six à quatorze jours. Ça signifie que vous avez très probablement un grand nombre de personnes qui sont des porteurs asymptomatiques pour l’instant, mais dans quelles proportions ? Et où sont-ils ? »

Les réponses manquent et les questions renvoient la Chine quinze années en arrière, à l’époque du Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère). Apparue en 2002, cette maladie infectieuse des poumons, très proche du coronavirus actuel, était elle aussi partie du territoire chinois. Elle avait fait près de 800 morts dans le monde entier, touché plus de 5 000 personnes et provoqué des interrogations sur la solidité et la transparence du système médical chinois. Le Parti communiste chinois a-t-il vraiment tiré toutes les leçons de cette première crise sanitaire ?

« Le niveau d’expertise en matière de santé en Chine a fortement progressé depuis 20 ans »

« Les Chinois ont aujourd’hui des chercheurs, des ingénieurs, des savants, des médecins, des professeurs d’un très bon niveau qu’ils n’avaient pas en 2000 », répond l’expert en protection sociale Jean-Charles Dehaye, qui a audité le système de santé chinois pendant plusieurs années à la demande de l’Union européenne. « Aujourd’hui, beaucoup de facultés de médecine chinoise sont jumelées avec des établissements européens, américains ou canadiens. Il y a de très nombreux échanges, et le niveau d’expertise en matière de santé en Chine a fortement progressé depuis 20 ans. »

Les spécialistes que nous avons interrogés sont tous d’accord : la Chine aurait pu réagir plus vite et plus fort au tout début de l’épidémie, mais depuis, elle fait le maximum et communique à marche forcée. Les États-Unis ont beau demander davantage de transparence, on n’a jamais vu Pékin donner autant d’informations sur le nombre de contaminations ou l’avancée de ses recherches. Et si le président chinois, Xi Jinping, s’est exprimé deux fois en quelques jours, c’est parce qu’après une année 2019 chaotique, entre la contestation à Hong Kong et la guerre commerciale avec Washington, un début 2020 contrarié par les élections à Taïwan, le Parti communiste chinois ne peut pas se permettre de se louper, selon le chercheur Antoine Bondaz, analyste à la Fondation pour la recherche stratégique. « L’un des atouts du Parti, en tout cas celui qui est mis en avant, c’est sa capacité d’organisation du territoire, de maillage territorial et de mise en œuvre des décisions politiques. Si la crise sanitaire n’est pas bien gérée, alors le Parti, de fait, va perdre en crédibilité, et ce n’est pas seulement Xi Jinping, mais l’ensemble du Parti qui peut être discrédité comme étant incapable de protéger la population chinoise. »

Dernier bilan ? A ce jour, presque 6 000 personnes contaminées sur le sol chinois. Les autorités assurent que le pic de l’épidémie devrait être atteint dans une dizaine de jours, avant que l’ampleur de la contagion ne diminue petit à petit.

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