DISPARITION OU DISTRIBUTION CHAOTIQUE DES AIDES ALIMENTAIRES

Dakar cherche ses kits

Pour atténuer les difficultés des populations durant cette traversée de l’épreuve du coronavirus et surtout pour permettre aux gens de mieux se conformer aux mesures édictées par les autorités sanitaires, l’Etat du Sénégal avait visé dans son programme d’aide alimentaire d’urgence 1 million de ménages, dont 08 personnes par famille, soit 08 millions de personnes, en somme la moitié de la population générale. Toutefois, force est de constater que, depuis le lancement de la grande opération de distribution de l’aide alimentaire d’urgence destinée aux ménages vulnérables sur l’étendue du territoire national, les bénéficiaires tardent toujours à être servis. C’est le cas notamment à Dakar où les kits destinés aux populations de la capitale restent toujours en stand-by.
Depuis le lancement de la grande opération de distribution de l’aide alimentaire d’urgence destinée aux ménages vulnérables sur l’étendue du territoire national, les bénéficiaires tardent à être servis. Comme dans presque toutes les localités, le malaise est perceptible à Keur Massar, cette localité banlieusarde où la plupart de la population peine à joindre les deux bouts.
A Diam Welly, une localité sise à Keur Massar, les gens prennent encore leur mal en patience, en guettant chaque jour qui passe l’arrivée des secours promis par le gouvernement. Un fait que témoigne ce père de famille trouvé devant sa demeure : « j’ai été recensé il y a de cela deux mois mais depuis lors, je n’ai pas eu de retour. J’attends toujours en vain. Il y a deux semaines de cela, je me suis rendu chez le chef de quartier pour m’enquérir de la situation, mais il m’a fait savoir que le blocage n’est pas à son niveau et que l’acheminement des vivres suit un long processus avant d’arriver à bon port. Jusqu’aujourd’hui, on en est là encore. Je vis le calvaire depuis parce que mon fils ainé qui m’appuyait depuis l’Italie sur les charges est lui aussi impacté comme tout le monde. Je m’en remets tout simplement à Allah », a-t-il fait savoir.
Même son de cloche chez sa voisine Ndèye Arame qui déplore elle aussi la lenteur : « depuis le début, je n’ai rien reçu ni de la part de l’Etat encore moins de notre soi-disant maire, pas même une goutte d’eau de javel. Ils sont passés plusieurs fois faire le recensement et chaque jour, on voit de nouvelles têtes qui viennent, disent-elles, sous la demande du maire ou du chef de quartier. Il n’y a aucune organisation et ça ne présage rien de bon .En plus, depuis un moment, aucun signe de vie. Pourtant, j’ai une petite sœur qui habite les Parcelles, elle m’a informé avoir reçu un bon ou note qui prouve légalement qu’elle sera bénéficiaire mais ici rien » s’offusque-t-elle.
RECENSEMENTS PARTISANS ET SECTAIRES
Bien que le Sénégal ait été son pays d’accueil depuis le bas âge, ce Guinéen vendeur de charbon sous le couvert de l’anonymat affirme n’avoir jamais été recensé. Installé depuis plus de quinze ans dans ce quartier appelé Grand Médine, une localité sise au cœur de Keur Massar, il affirme pourtant entretenir une relation de connivence particulière avec les habitants. Aujourd’hui, se sentant frustré et marginalisé, il condamne cet acte avec la dernière énergie : « le jour où les jeunes du quartier sont passés pour le recensement, ils sont venus jusque devant ma boutique, prendre les coordonnées de la vendeuse de cacahuètes qui y était assise et me dépasser sans gêne.
Et je les ai interpellés de suite mais parmi eux, un jeune homme m’a lancé « les Sénégalais d’abord, réclame ta part à Alpha Condé ». Vraiment, il a touché mon ego et depuis lors, je n’en ai pas reparlé et personne ne s’intéresse à moi d’ailleurs, se plaint-il. Avant d’ajouter : « ils ne sont pas plus sénégalais que moi. Je vis ici presque dix mois sur douze, avec ma famille, j’ai deux épouses et sept enfants, alors qui est mieux placé que moi pour recevoir cet aide », s’interroge-t-il. La dame Astou Diop, quant à elle, semble plus sceptique et évoque déjà une éventuelle distribution sélective. « On voit du n’importe quoi au niveau des recensements. J’ai entendu des rumeurs comme quoi les familles qui habitent dans les belles maisons ou maisons à étages ne vont pas en bénéficier. Au début, je ne croyais pas à cette absurdité et ça me faisait même rire. Mais maintenant je commence à le croire, parce qu’ils sont passés une seule fois chez moi pour recenser et depuis lors, je ne les ai plus revus. Pourtant, ils sont revenus plusieurs fois de suite dans les maisons environnants », a-t-elle laissé entendre.
ATTENTE SANS FIN
Même constat dans les autres quartiers à Dakar. A Fass sur la rue 22 prolongée, Ibou Lo, vendeur de journaux, ne dit pas le contraire. «Nous vraiment, à notre niveau, on n’a rien vu. On en a juste entendu parler. Vous savez, si vous dites que je vais mettre à votre disposition une aide alimentaire, tout en incitant tout le monde à rester à la maison et que par moment, cette même aide tarde à être servie aux bénéficiaires, vous ne pouvez retenir personne à la maison», fulmine-t-il.
A son avis, « Ça va être très difficile, parce que nous avons l’habitude de sortir chaque jour pour chercher de quoi se nourrir et nourrir nos familles. Donc si l’Etat demande aux gens de rester chez eux, sans mesures d’accompagnement, vraiment c’est autre chose. Je pense que c’est la cause directe, de ce qui a favorisé cette propagation rapide de la Covid-19 au Sénégal ».
Et d’expliquer : « parce que les gens sont fatigués de rester durant trois, jusqu’à quatre mois sans arriver à satisfaire les besoins de leurs familles. Si vraiment, les gens ont très tôt reçu leurs kits, comme prévu par le président, je pense que tout le monde aurait le courage de suivre et de respecter les mesures édictées par le chef de l’Etat. Mais prendre des mesures que personne ne respecte, cela revient à zéro », a-t-il signifié avant d’indiquer qu’« Ici vraiment, c’est ce qui fait l’objet des débats dans les grandes places. Nous, vraiment on ne ressent rien d’autre que du découragement total…
Le gouvernement n’a pas aidé les gens, malgré tout ce qu’il a dit. Pour ce qui concerne les kits vraiment, nous n’avons rien reçu depuis. Bien qu’on ait vu l’Etat montrer à la télévision des montages de sacs de riz », renseigne-t-il.
Toujours à la Rue 22, notamment à la Médina, X 31, une dame trouvée à la devanture de la porte d’entrée de sa maison se confie, avec amertume : « Nous, à la médina, on n’a rien vu. Personne ne nous a amené ni de sucre, ni de riz, ni de savons. On est toujours en attente ».
Plus loin à la Rue 41, un vieux rencontré devant un kiosque de vente de produits cosmétiques, déclare : « Ils ont pris nos pièces d’identité mais on n’a toujours pas de retour à cet effet, ça fait longtemps de cela. Mais je n’ai rien vu. Est-ce que Dakar en fait partie, parce que j’ai ouïe dire que Dakar n’est pas concerné par cette aide. Nous avons en tout cas donné nos pièces d’identité, on ne sait pas en tout cas pour la suite ».
A quelques encablures, une dame vendeuse de friperie à Gueule-tapée, derrière l’hôpital Abass Ndaw, nous révèle : « Il y avait mon voisin d’à côté, qui était passé un jour me demander ma pièce d’identité, disant que c’est pour me faire bénéficier de kits que doit partager le préfet. C’est depuis le mois de Ramadan. Depuis lors, je n’ai eu aucun écho. On a seulement reçu des kits alimentaires contenant un sac de riz de 25 kg, 5 litres d’huile et du sucre, mais venant de la mairie », clarifie-t-elle.

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