Maram Kaire, premier Sénégalais dont un astéroïde porte le nom


C’est une première : un astéroïde du système solaire porte désormais le nom d’un Sénégalais, Maram Kaire. L’astronome de 42 ans a été honoré par l’Union astronomique internationale. Une reconnaissance pour le président de l’Association sénégalaise pour la promotion de l’astronomie (ASPA). Très investi pour faire rayonner la discipline et vulgariser sa passion, il a mené récemment deux missions pour la Nasa dans son pays. 

Son nom est désormais gravé pour l’éternité dans le système solaire. Les messages de félicitations affluent sur son téléphone et sur sa page Facebook. Mais Maram Kaire, 42 ans, garde les pieds sur terre. « Je ne réalise toujours pas, j’accueille la nouvelle avec humilité », dit-il d’un ton calme, derrière ses fines lunettes. Dans le salon familial, pas de cartes du ciel ni de télescopes. Juste un cadre de sa décoration au grade de Chevalier de l’ordre du Lion, reçue en février 2020.  

Jusqu’ici, l’astéroïde qui porte son nom était simplement numéroté « 35462 1998 DW 23 ». « Un objet sombre, invisible à l’œil nu ». Découvert en 1998 par l’astronome français Alain Maury, il fait partie de la ceinture principale des corps célestes gravitant autour du Soleil, entre les planètes Mars et Jupiter, et « effectue un tour complet du Soleil en 4,36 années terrestres ».  

Cette « nomination », Maram Kaire la doit à l’initiative d’amis astronomes, astrophysiciens et planétologues avec lesquels il a mené à deux missions de la Nasa – l’agence spatiale américaine – au Sénégal, en 2018 puis en septembre 2020. Des missions « d’occultation, liées à l’exploitation de sondes envoyées vers les planètes du système solaire ».

Après l’accord du découvreur, un long processus a suivi au sein de l’Union astronomique internationale. « J’ai découvert, à cette occasion, que pour les hommes politiques, il fallait attendre 100 ans après leur décès pour que leur nom puisse être associé à un objet du système solaire. Certains me disent que je peux désormais me lancer en politique ! ». Il cite un message du découvreur Alain Maury après la validation : « Tu honores l’astronomie, c’est normal que l’astronomie t’honore ». 

Passion d’enfance, réticences familiales 

Chez Maram Kaire, né à Dakar en 1978, la passion de l’astronomie a débuté à l’âge de 12 ans, via la lecture. Patience dans l’azur, de l’astrophysicien Hubert Reeves, est son livre de chevet. Il passe des soirées à observer le ciel, « beaucoup plus clair qu’aujourd’hui, c’était moins pollué par la lumière ». À 14 ans, il se lance dans la fabrication de son premier télescope. Une vocation. « J’ai compris dès le départ que c’était ce que je voulais faire de ma vie, je me souviens avoir fait des prières ».

Mais il faudra composer avec les réticences familiales. « C’était mal compris », se souvient-il, « les gens associaient l’astronomie avec la météorologie, il y avait des moqueries, les gens qui disaient : « Tu regardes les étoiles, tu vas devenir fou »… Et ici, au Sénégal, ce n’était pas du tout enseigné. Alors, après le bac, il a fallu faire un compromis avec mes parents et surtout mon père », pour qui la discipline n’était pas adaptée au marché du travail. Ce compromis, ce sera l’informatique, « l’épine dorsale de l’astronomie ». Suivent des études en ingénierie systèmes et réseaux en France.  

Créer des vocations 

En 2006, retour au pays, avec un objectif : que les jeunes puissent trouver sur place des filières et des infrastructures liées à l’astronomie. Avec d’autres passionnés, il crée l’ASPA, l’Association sénégalaise de promotion de l’astronomie. Elle compte aujourd’hui « une centaine de membres et un millier de sympathisants ». Conférences dans les écoles, ateliers, organisation du festival « Saint Louis sous les étoiles » entre 2008 et 2015, campagne « space bus », pour sillonner le pays… Le but est de vulgariser l’astronomie auprès du grand public et créer des vocations.

L’association organise aussi des séances d’observation du croissant lunaire pour les fêtes religieuses musulmanes. Une tâche « délicate », souligne Maram Kaire, dans un pays où les différentes communautés ont régulièrement des interprétations différentes. « La question touche la foi, nous devons agir avec beaucoup de neutralité pour ne pas heurter les positions et donner une information scientifique ». 

« L’espace, un levier de développement » 

Dans le système éducatif, Maram Kaire plaide pour une introduction significative des sciences spatiales. « Aujourd’hui, une partie de chapitre du programme de géographie à l’école est dédié au système solaire, et il est survolé très rapidement », regrette-t-il. 

Des projets avaient été lancés par Mary Teuw Niane, ancien ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (2012-2019), dont Maram Kaire a été le conseiller technique. Dans un message sur les réseaux sociaux, le président Macky Sall félicite Maram Kaire et assure que « le gouvernement sera à ses côtés dans la promotion de l’astronomie ».

De son côté, Mary Teuw Niane écrit : « J’ose espérer que cette nouvelle distinction va pousser notre pays à achever les projets dont il était porteur, comme l’observatoire d’astronomie, le planétarium, le Centre de construction de micro-satellites et particulièrement l’Agence sénégalaise d’astronomie ». 

« L’espace est un levier de développement », renchérit Maram Kaire. « Pour l’éducation et le télé-enseignement, la télémédecine, l’agriculture, les données satellitaires sont un enjeu majeur ». Alors à quand un astronaute africain sur la Lune ? « L’agence spatiale de l’Union africaine réfléchit à un programme spatial. Mais la priorité pour nos pays, comme le font déjà l’Algérie, le Nigeria, le Rwanda et bien d’autres, c’est la maîtrise de la technologie liée aux satellites », répond l’astronome, « que l’on puisse produire nos propres satellites de communication, des satellites pour la recherche. Cela permettrait d’avoir un premier pied dans l’espace ». 
 

khalil

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